Un match de Ligue 1 avec trois buts et une équipe qui monte à 11 points ressemble à un après-midi bien rempli. En réalité, Paris FC-Strasbourg est le match le plus pauvre en occasions que nous ayons mesuré depuis le début de la saison, et les trois buts sont tous arrivés de situations qui n'étaient pas des occasions.
Le tir le plus dangereux des quatre-vingt-dix minutes vaut 0,122 but attendu. Une fois sur huit.
Le verdict, avant les chiffres
Les buts attendus disent 0,91 pour le Paris FC et 0,23 pour Strasbourg, pour un total de 1,14 en quatre-vingt-dix minutes. La moyenne d'un match dans les cinq championnats, cette saison, est plus du double.
Les entrées dans la surface, elles, sont de 11 contre 2, les frappes de 16 contre 5 et les points attendus de 1,98 contre 0,65. La domination territoriale est là, et elle n'est pas discutable : ce qui manque, c'est la qualité finale, des deux côtés.

Le chiffre : 0,122
C'est la valeur de la frappe la plus dangereuse du match, et c'est aussi le deuxième but du Paris FC, un tir du droit depuis l'intérieur de la surface un peu après l'heure de jeu.
Le premier but vaut encore moins : 0,051, un tir du gauche depuis l'entrée de la surface dans les vingt premières minutes. Le troisième but de la soirée n'a pas de valeur, parce que c'est un autogoal : l'unique réalisation de Strasbourg est arrivée d'un mauvais contact d'un défenseur local à quelques minutes de la fin.
Mis bout à bout : dans un match à trois buts, le ballon le plus dangereux que quelqu'un ait touché valait 0,12, et l'un des trois buts n'a pas été marqué par celui qui l'a fêté.
Ça n'arrive pas souvent. Sur 230 matchs joués cette saison dans les cinq grands championnats, ceux où aucune des deux équipes n'a construit une seule frappe d'au moins 0,15 but attendu sont au nombre de six.
Pourquoi ça arrive
Il y a deux façons d'arriver à un match sans occasions, et ici il y a les deux.
La première, c'est le pressing du Paris FC, 8,4 de PPDA. L'équipe locale a récupéré des ballons haut pendant tout le match et a amené le jeu dans la surface adverse onze fois, mais presque toujours avec la défense de Strasbourg déjà en place et compacte : le ballon entrait, et trouvait cinq maillots.
La seconde, c'est la renonciation de Strasbourg, 16,0 de PPDA et seulement deux entrées dans la surface en quatre-vingt-dix minutes. Elle n'a jamais essayé de se relever, et son attaque a produit 0,23 but attendu, une valeur qu'on ne voit d'habitude que dans les matchs joués à dix.
Le résultat, c'est ce genre de football où tout se passe au milieu, et où les frappes partent de loin ou depuis des positions impossibles. À ce moment-là, gagne celui qui a la bonne soirée, et ça a été le Paris FC.
La chose surprenante : le classement ne ment pas
On serait tenté de penser qu'une équipe qui gagne des matchs comme ça vole des points. C'est l'inverse.
Après cinq journées, le Paris FC a 11 points avec 11,14 points attendus. L'écart est de -0,14, soit le plus petit de toute la Ligue 1 : il récolte exactement ce qu'il produit. Il a marqué 8 buts à partir de 9,43 buts attendus et en a encaissé 3 à partir de 3,29 concédés, et il a amené 41 ballons dans la surface adverse contre 33 concédés.
Dit autrement : le match de samedi est une exception dans une saison parfaitement cohérente. Le Paris FC ne vit pas de 0,91 but attendu par match, celui de samedi a été sa performance offensive la plus pauvre en cinq journées.
Strasbourg, en revanche, a bien un compte ouvert : 7 points à partir de 4,61 attendus, et 54 entrées dans la surface concédées en cinq matchs, deuxième pire donnée du championnat. C'est une équipe qui récolte plus qu'elle ne produit et qui concède énormément.
Le point honnête
Premièrement, les données. Les tirs correspondent aux totaux du match, et l'autogoal dans notre décompte des frappes vaut zéro : c'est la raison pour laquelle la somme des buts attendus de Strasbourg, 0,23, ne contient pas son unique réalisation.
Deuxièmement, la lecture opposée, qui ici est plus forte que d'habitude. Avec 1,14 but attendu au total, n'importe quelle conclusion sur ce match est fragile : si le Paris FC avait perdu 1-0, nous aurions écrit les mêmes choses avec le signe inversé. Un match comme ça ne dit presque rien sur les deux équipes.
Troisièmement, ce que nous en pensons. C'est justement là le point, et c'est la raison pour laquelle nous l'avons choisi. Le football produit régulièrement des matchs où il ne se passe rien et où quelqu'un gagne quand même, et la tentation est de les raconter comme s'il y avait là une leçon tactique. Il n'y en a pas. La leçon, s'il y en a une, est dans le classement du Paris FC, qui est haut parce que dans les quatre autres matchs il a produit pour de vrai.
T.L.
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